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ENCADRÉ-Six mois de guerre au Moyen-Orient : quel bilan ?
information fournie par Reuters 27/08/2026 à 14:08
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Après six mois de guerre en Iran, lancée fin février à l'initiative des États-Unis et d'Israël, l'avenir reste incertain dans la région et les conséquences durables continuent de se multiplier.

Si le président américain Donald Trump évoquait à l'origine une "petite incursion" au Moyen-Orient, Téhéran n'a toujours pas, six mois après, capitulé et le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz reste fortement perturbé.

Un nombre record d'Américains - plus des deux tiers - se dit opposé à un conflit qui menace de faire dérailler la fin de la seconde présidence de l'ancien magnat de l'immobilier, qui avait prédit une guerre de quatre semaines.

Reconnaissant timidement que de nouvelles frappes militaires ne contraindront pas l'Iran à faire des concessions, les États-Unis ont opté pour une campagne de pression économique dans l'espoir d'affaiblir davantage Téhéran.

Tour d'horizon des conséquences à long terme qu'a eu une demi-année d'affrontements au Levant.

TRUMP EN PAIE LE PRIX POLITIQUE

Dès son commencement, la guerre était impopulaire. Elle l'est progressivement devenue davantage.

La cote de popularité de Donald Trump est passée de 40% au début du conflit à 33% six mois après, selon un sondage Reuters/Ipsos.

La hausse des prix de l'essence, conséquence directe son offensive contre l'Iran, a complètement sapé sa promesse de campagne de réduire le coût de la vie pour les Américains.

Donald Trump, qui avait également fait campagne sur la promesse de mettre fin aux guerres menées par les Etats-Unis, a fait valoir que le renforcement du programme de missiles et les ambitions nucléaires de l'Iran exigeaient une intervention.

Mais il n'a pas convaincu la plupart des électeurs. Seuls 31% des Américains approuvent ce conflit, selon le sondage Reuters/Ipsos.

Ce chiffre est inférieur à celui enregistré lors d'autres conflits impliquant les Etats-Unis, dont la guerre en Afghanistan, qui a affiché depuis pendant années des taux d’approbation supérieurs à 50% dans les sondages Gallup.

La colère des électeurs face à la hausse des prix pose un problème pour le Parti républicain de Donald Trump, à l'approche des élections de mi-mandat en novembre, à l'issue desquelles les démocrates pourraient redevenir majoritaires à la Chambre des représentants, voire au Sénat.

Le conflit contre Téhéran divise les républicains eux-mêmes, entre ceux souhaitant une issue rapide de la guerre et les législateurs qui estimant que le président américain doit maintenir la pression militaire.

LA GUERRE A ÉBRANLÉ L'ÉCONOMIE MONDIALE

En réponse aux attaques américaines et israéliennes, l'Iran a très vite fermé de facto le détroit d'Ormuz - dont la largeur se rétrécit à environ 34 kilomètres entre l'Iran et Oman - par lequel transite, en temps normal, près d'un cinquième des approvisionnements énergétiques mondiaux.

Cette perturbation a entraîné une forte hausse des cours du pétrole et fait craindre un ralentissement économique mondial.

Même si elles ont été importantes, les répercussions s'avèrent moins graves que ce que de nombreux économistes avaient initialement craint.

Le Fonds monétaire international (FMI) a revu à la baisse ses prévisions de croissance mondiale à deux reprises depuis le début de la guerre et table désormais sur une croissance de l’économie mondiale de 3,0% cette année, contre 3,3% prévus en janvier.

Pour autant, l’économie mondiale s’est montrée plus résistante que lors des chocs pétroliers des années 1970.

Les grandes économies sont moins gourmandes en énergie qu’à l’époque et la vigueur des dépenses et des investissements — notamment l’essor continu de l’intelligence artificielle — a contribué à amortir le choc.

L'IRAN EST AFFAIBLI, MAIS PAS VAINCU

L’armée et l’économie iraniennes ont subi de graves dommages, mais Téhéran est toujours en mesure de lancer des attaques et de maintenir le détroit d’Ormuz fermé.

En mai, le commandant en chef des forces armées américaines au Moyen-Orient, l’amiral Brad Cooper, a déclaré au Congrès que les forces américaines avaient détruit 161 navires de guerre iraniens et mis hors d’état de fonctionner 82% de ses systèmes de défense aérienne.

Il a ajouté que l'armée de l’air iranienne, qui effectuait auparavant jusqu’à 100 sorties par jour, ne menait plus aucune mission.

Malgré tout, l'Iran dispose toujours de drones et de missiles et a mené avec succès des attaques contre des navires et des installations militaires américaines dans la région.

En mars, Reuters a rapporté que les États-Unis pouvaient affirmer avec certitude n'avoir détruit qu'environ un tiers de l'arsenal de missiles iraniens.

La guerre a également fait des milliers de morts et aggravé la crise économique iranienne, accentuant l'inflation et perturbant les échanges commerciaux. En juillet, l'inflation alimentaire a atteint 128% en glissement annuel en Iran, selon le Centre statistique local.

L'Iran a également relégué les divisions politiques au second plan et mis en oeuvre une répression plus sévère à l’encontre des dissidents.

UN MOYEN-ORIENT DÉSTABILISÉ

Si le conflit visait à éliminer l'Iran en tant que menace pour le Moyen-Orient, les analystes estiment que la guerre a au contraire enhardi Téhéran et rendu la région moins sûre.

Les attaques iraniennes à la roquette et au drone contre les États arabes du Golfe alliés aux États-Unis ont touché des installations militaires et diplomatiques américaines et perturbé le trafic aérien de la région.

Les attaques iraniennes contre le transport maritime, combinées au blocus des Houthis visant le trafic lié à l’Arabie saoudite en mer Rouge, ont entraîné une hausse des coûts d’assurance et de transport dans toute la région.

L’impact va bien au-delà des attaques individuelles contre des navires : il perturbe les chaînes d’approvisionnement et accroît l'incertitude pour les économies du Golfe.

PLUS DE TEMPS NÉCESSAIRE POUR PRODUIRE UNE ARME NUCLÉAIRE

Les frappes américaines et israéliennes menées lors d’une première offensive en juin 2025 et au début de la guerre actuelle ont gravement endommagé trois des usines d’enrichissement connues de l’Iran.

Des sites soupçonnés d’activités liées à l’armement et des scientifiques nucléaires ont aussi été ciblés.

Selon les évaluations des services de renseignement américains en mai, le "délai de rupture" nucléaire de l’Iran, soit le temps nécessaire pour produire suffisamment de matières fissiles pour une bombe, est désormais estimé à un an, contre jusqu’à six mois avant la guerre.

Empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire est l’objectif premier déclaré du président américain pour justifier cette guerre.

L’état réel du programme nucléaire iranien reste incertain, les inspecteurs des Nations unies n'étant pas retournés sur place pour examiner les sites.

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) n’a pas été en mesure de vérifier l’emplacement d’environ 440 kg d’uranium enrichi à 60% depuis les frappes de 2025.

Ce stock pourrait potentiellement être enrichi davantage jusqu’à atteindre le niveau requis pour la fabrication d’armes dans une installation secrète.

L’Iran nie depuis longtemps chercher à se doter de la bombe nucléaire.

LA PRÉPARATION MILITAIRE AMÉRICAINE S’EST AFFAIBLIE

Au cours de la guerre, l’armée américaine a perdu des drones et des avions, tant à cause des tirs iraniens que d’accidents.

n rapport du Service de recherche du Congrès publié en mai indiquait que 42 avions militaires américains avaient été perdus au cours du conflit.

Les munitions constituent également une préoccupation majeure.

Reuters a rapporté que l’armée avait utilisé "pratiquement la totalité" de ses stocks mondiaux de certains missiles de précision.

Selon une estimation du Center for Strategic and International Studies, en juillet, les États-Unis avaient utilisé environ 65% de leurs intercepteurs Patriot et réduit leur stock d’intercepteurs THAAD (Terminal High-Altitude Area Defense) d’au moins 38%.

Washington a transféré au Moyen-Orient des avions de chasse, des navires de guerre et d’autres moyens depuis l’Europe et l'Asie, prolongeant ainsi les déploiements et soulevant des questions quant à l’état de préparation des forces ailleurs.

Le porte-avions USS Gerald R. Ford a passé plus d'un an en mission, son plus long déploiement depuis la guerre du Vietnam.

Les législateurs ont également fait part de leurs inquiétudes concernant les conditions à bord de l'USS Abraham Lincoln après 200 jours consécutifs en mer.

L'USS Abraham Lincoln a été remplacé la semaine dernière par un autre porte-avions qui se trouvait dans le Pacifique, ce qui met en évidence à quel point la guerre met à rude épreuve les moyens américains.

(Simon Lewis, Trevor Hunnicutt, Patricia Zengerle, Idrees Ali, Dan Burns, Parisa Hafezi, Samia Nakhoul, Jonathan Landay, Jason Lange et Mark John ; rédigé par Simon Lewis ; version française Etienne Breban, édité par Benoit Van Overstraeten)

1 commentaire

  • 15:59

    Si on en juge par ses fanfaronnades en Ukraine, le bilan n'est pas pour demain.


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